François de Roubaix m'a reçu dans le salon de son appartement de la rue de Courcelles, pièce immense où les meubles sont remplacés par des instruments de musique. Ils sont tous là, du synthétiseur à la guimbarde, de la flûte arabe au piano de concert. Instruments de musique, instruments de travail. Car ce salon est aussi le studio d'enregistrement où François de Roubaix donne la vie à des dizaines et des dizaines de bandes sonores. Frankenstein de la musique, il travaille seul, au coeur de la nuit, avec ses magnétophones. Patiemment, il enregistre, écoute, enregistre à nouveau, pour qu'au matin naissent quelques minutes de rêve.

Quelle est ta formation de musicien ?

C'est une formation d'autodidacte et de jazzman. Vers 15 ou 16 ans, alors que j'étais encore lycéen, à !'époque de Sydney Bechet et des surboums, je me suis pris de passion pour le jazz et, avec une bande de copains, mauvais élèves comme moi, je suis allé aux Puces pour acheter des instruments. Nous avons formé un petit orchestre et j'ai même été tromboniste de jazz professionnel pendant deux ans, vers les années 58-59. J'étais toujours étudiant mais je gagnais ma vie comme cela, en jouant dans tous les orchestres de Dixieland de !'époque. J'ajouterais à cela que je n'ai jamais appris aucun instrument lorsque j'étais enfant et que je n'ai aucun antécédent musical dans ma famille, si ce n'est un arrière-grand-oncle extrêmement éloigné, qui s'appelait César Franck. Lorsque j'ai débuté dans la musique de film, j'ai été obligé de parfaire cette formation. Je ne savais ni lire ni écrire la musique, je ne jouais que des thémes de jazz d'oreille. II m'a alors fallu prendre des traités d'instrumentation et de solfège. Non, je n'ai pas fait de véritables études musicales, j'ai tout appris moi-même, en faisant essuyer les plâtres à beaucoup de gens.

Quelles sont les circonstances exactes qui t'ont amené à composer de la musique de film ?

J'ai un père producteur de cinéma, principalement producteur de court-métrages de commande. Il m'a fait faire un peu tous les métiers du cinéma : assistant du photographe de plateau, ingénieur du son, monteur, mëme réalisateur. Un jour, alors que je commençais à jouer convenablement du jazz, il m'a proposé d'essayer de faire la musique d'un court-métrage. Il s'agissait de L'OR DE LA DURANCE, d'Enrico, en 1819. Ça s'est très bien passé et j'ai été amené à composer d'autres musiques, également à l'oreille. Lorsque j'ai eu d'autres propositions, j'ai compris qu'il fallait faire ça plus sérieusement. C'est là que j'ai appris à solfier. Avant, je mettais un temps inflni. Il me fallait un mois pour un court-métrage. Je ne travaillais qu'avec des amis, qui jouaient sur leurs instruments les thèmes que je leur proposais. Simultanément, il y a eu les films publicitaires. J'en ai fait un grand nombre, près de 150, aux environs de 1960-1961. Je travaillais pour Jean Mineur, La Comète, Les cinéastes associés. Je composais une ou deux musiques par semaine...

C'est tout de même Enrico qui a tout déclenché.

Oui. C'est avec lui que j'ai fait ma première dramatique TV. Il s'agissait de LA REDEVANCE DU FANTOME, en 1964. Tout de suite après, il y a eu LES GRANDES GUEULES. Ma carrière est jalonnée par Enrico et aussi par José Giovanni, qui a été l'auteur des premiers films d'Enrico (LES GRANDES GUEULES, LES AVENTURIERS). Giovanni m'a fait faire la musique de ses premiers films. 2/6