François de Roubaix

En un peu plus de dix ans, François de Roubaix a imposé un style unique. Un ovni dans le monde de la bo.

Les aventuriers Le Samourai, La Scoumoune, Le vieux fusil mais aussi Pépin la Bulle, Chapi Chapo Les Secrets de la mer Rouge... Sans être cinéphile ou téléphage il y a peu de chances pour que l'on n'ait pas entendu quelques notes de musique signées François de Roubaix. D'autant que son univers sonore reste tout à fait personnel et immédiatement identifiable. Né en 39, François de Roubaix est fils d'un réalisateur et d'une artiste peintre. Autodidacte et multi-instrumentiste (piano, trombone, guitare...), c'est aussi un passionné de plongée sous marine, passion qui causera sa mort prématurée à 36 ans. Son allure de faune ne dépare pas avec sa passion pour le studio, puisqu'il possède le sien propre rue de Courcelles à Paris, et pour une forme de travail en solitaire qu'il pousse à l'extrême en réalisant seul l'intégralité de la BO de La Scoumoune. Ami de francs tireurs ou iconoclastes du cinéma, il leur est aussi fidèle en musique. On le retrouve au générique de 8 films de Robert Enrico, 6 de José Giovanni, 3 de Mocky etc. Son style est à la fois extrêmement sophistiqué et salutairement dépouillé: infatigable chercheur de mélodies (un moto: le thème avant tout), il n'a eu de cesse de leur offrir un support sans fioritures, avec un sens de l'orchestration unique et " hyper acoustique ", loin de tous les clichés du genre, proche en ce sens d'un Morricone (ce dernier n'a d'ailleurs jamais caché son admiration pour le compositeur français). Par exemple, son utilisation du registre grave et bas médium du piano (souvent légèrement désaccordé) pour jouer les thèmes est une trouvaille et une marque de fabrique. Ou encore, et contre tout principe bêtifiant, il crée pour Chapi Chapo un générique mélangeant bruits et onomatopées, qui demande un réel travail de langage pour le mémoriser, ce que le public visé effectue sans aucun problème... Dans cette même série animée, le thème interprété façon piano stride/boogie peut en remontrer à nombre de spécialistes. La musique du Vieux fusil de Robert Enrico, magnifiquement évocatrice de l'ambiance tour à tour plombée et légère (les flash backs) du film, a reçu le César de la meilleure BO lors de la première cérémonie en 76. À titre posthume.

Jean Stéphane Guitton