Mon père était imprimeur et avait comme client Paul de Roubaix, le père de François. Tous deux évoquaient régulièrement nos facilités précoces et communes pour la musique. Un jour les de Roubaix ont invité mes parents à venir voir leur fils au Caveau de la Huchette où il se produisait comme bassiste. J'étais alors âgé de quatorze ans et pour moi il s'agissait d'un événement formidable car nous ne sortions d'habitude jamais. Au cours de la soirée, François est venu à notre table et m'a dit: "Je sais que tu es pianiste, connais-tu ce répertoire?". Comme je connaissais tous les standarts du New-Orleans par coeur, il m'a proposé de faire un "boeuf"avec lui et ses musiciens. Nous avons joué pendant près d'une heure devant nos parents. Un vrai bonheur! Quelques semaines plus tard, François m'a appelé: "Pendant l'été, le pianiste part en tournée. Veux-tu le remplacer?". J'étais comme fou! Je me souviendrai à vie de ces moments là.

Trois ans après, alors qu'il démarrait sa carrière dans le cinéma, il faisait encore appel à moi lors de séances d'enregistrement. Pourtant, comme beaucoup de musiciens issus du jazz, je ne déchiffrais pas les partitions. François le savait et m'expliquait au préalable le style et le type d'harmonies qu'il souhaitait. Cette confiance qu'il m'accordait, basée sur nos liens d'amitié, représentait bien la personnalité de François. Mes débuts dans le métier, c'est à François que je les dois. Par conséquent je lui dois tout!

Propos recueillis par Yves Taillandier, SOUNDTRACK mars 1998.